Par David Piriou, fondateur d’Au-delà des rênes, Gestalt-thérapeute et enseignant d’équitation.
Ton cheval marche tranquillement. La carrière est calme. Pourtant, tu surveilles son rythme, son attitude, tes mains, ce qui pourrait arriver. Et lorsque quelqu’un te dit « détends-toi », une difficulté s’ajoute : maintenant, il faudrait aussi réussir à être détendue.
Cette difficulté touche aussi des cavaliers expérimentés. On peut être compétent, comprendre beaucoup de choses sur soi et rester incapable de savourer une séance sans chercher ce qu’il faudrait améliorer. Pourquoi est-ce si difficile de lâcher prise quand, apparemment, tout va bien ?
Lâcher prise, sans se couper de ce que l’on ressent
Dans mon expérience, le lâcher-prise consiste à accepter les choses telles qu’elles sont, sans essayer de les contrôler ou de les changer à tout prix. Cela implique d’accepter l’incertitude, de renoncer à la perfection et de revenir à ce qui se passe réellement.
Se détacher de ses pensées ou de ses émotions ne signifie pas devenir insensible. Une émotion peut être présente sans prendre toutes les décisions. Une pensée peut traverser l’esprit sans devenir une vérité. « Mon cheval va encore se déconnecter » est une anticipation, pas encore un fait. Reconnaître cette différence permet d’observer, puis de choisir sa réponse.
Ce que le contrôle cherche à protéger
Anticiper et vérifier sont des capacités précieuses, notamment pour la sécurité. La difficulté apparaît lorsqu’elles deviennent une obligation permanente. Pour certaines personnes, bien faire a longtemps permis d’obtenir de la reconnaissance. Pour d’autres, prévoir aidait à éviter les reproches, les conflits ou les mauvaises surprises. Une expérience équestre difficile peut aussi renforcer cette vigilance.
La question devient alors : « Qu’est-ce que j’imagine risquer si je desserre un peu mon contrôle ? » Tomber, peut-être. Mais aussi décevoir, paraître incompétente ou ne plus être à la hauteur de ses propres attentes.
Un piège entretient parfois ce fonctionnement : croire que tout va bien uniquement parce que l’on surveille tout. Chaque séance réussie confirme alors la nécessité de contrôler. On ne découvre jamais ce qui pourrait fonctionner avec une demande plus simple, suivie d’un peu de temps pour laisser le cheval répondre.
Se sentir en maîtrise ne veut pas toujours dire être détendue
Tu peux penser clairement et parler calmement tout en gardant les mâchoires serrées, les épaules relevées ou la respiration retenue. Quand ces tensions deviennent habituelles, elles peuvent passer inaperçues. Elles ne prouvent pas à elles seules un état de stress, mais méritent notre attention.
Avec les chevaux, nous observons des signes concrets de disponibilité ou de tension. Nous pouvons apprendre à nous regarder avec la même curiosité. « Je sais que tout va bien » et « je me sens suffisamment en sécurité pour relâcher » sont deux expériences différentes. Comprendre aide, mais ne remplace pas toujours l’expérience vécue.
Quand le lâcher-prise devient une nouvelle exigence
À force de vouloir se calmer, on peut se mettre davantage sous pression : « Je devrais être plus présente. Mon cheval sent encore ma tension. » Le contrôle s’est simplement déplacé vers notre monde intérieur.
Accueillir une émotion ne garantit pas sa disparition immédiate. Cela permet de modifier notre manière d’y répondre. Au lieu de « je dois arrêter d’avoir peur », essayer : « Je remarque de l’appréhension. De quoi ai-je besoin pour agir avec discernement ? »
Accepter que ton cheval soit inquiet peut conduire à simplifier l’exercice, faire une pause ou demander de l’aide. Tu conserves une direction et un cadre de sécurité. Ce qui s’assouplit, c’est l’obligation que la séance se déroule exactement comme prévu.
Retrouver de la souplesse, concrètement
Commence dans une situation simple et sûre. Observe tes appuis, ta respiration, une éventuelle tension, sans chercher immédiatement à tout corriger. Si cette attention augmente ton inconfort, reviens à ce qui t’entoure.
Distingue ensuite les faits de ton interprétation. « Mon cheval regarde vers la porte » est une observation. « Il ne veut jamais être avec moi » est une interprétation. Cette distinction peut t’aider à ajuster ta demande plutôt qu’à réagir à une conclusion.
Rappelle-toi aussi que ton cheval a sa propre histoire, ses besoins et son état physique. Son comportement ne reflète pas uniquement tes émotions. Une difficulté peut venir d’une douleur, du matériel ou d’un exercice mal compris. Tu influences la relation sans en être l’unique cause.
Flotter sur la rivière, sans oublier les berges
J’aime comparer le lâcher-prise au fait de flotter sur une rivière plutôt que de lutter contre le courant. Tu acceptes le mouvement et l’incertitude, tout en restant capable de rejoindre la berge ou de chercher un appui lorsque c’est nécessaire.
Avec ton cheval, cela signifie garder une intention tout en restant sensible à ce qui se présente. Cette souplesse se construit par des expériences répétées : traverser un imprévu, poser une limite, recevoir du soutien, découvrir qu’une séance imparfaite peut rester une belle rencontre.
Dans Au-delà des rênes, j’accompagne ce travail sur le fonctionnement humain et sa place dans la relation au cheval. Découvre mon approche du coaching mental du cavalier, qui associe coaching et Gestalt-thérapie. Si cette question résonne pour toi, tu peux prendre rendez-vous pour en parler.
Pour approfondir : Kohl, Rief et Glombiewski (2012), synthèse des recherches sur les stratégies d’acceptation.
